L'apiculture est une constante dans l'histoire de la Corse . Dès l'antiquité et jusqu'à nos jours, sur
l'ensemble de l'île, d'abord sous forme de cueillette, puis sous forme d'élevage (ruches, transhumance.),
la récolte de cire et de miel a toujours été une activité importante. Certains villages comme Moltifao, ou
Castifao, témoignent de cette activité jusque dans leur nom.
De l'antiquité :
Les plus anciens écrits qui nous soient parvenus (antiquité grecque puis romaine) mentionnent déjà une
activité liée au miel et à la cire. Différents aspects de cette activité sont régulièrement évoqués dans
ces textes dès le IVè siècle av.JC. Sont mentionnés ainsi l'amertume du miel corse, liée aux fleurs de
l'île, l'aspect " social " de sa propriété et des éléments indiquant qu'il était récolté par cueillette de
colonies sauvages (Théophraste). On peut y apprendre que ce miel avait des vertus médicinales et des
propriétés particulières (Athénée, Pline l'Ancien). Nous sont transmis également certains chiffres, en
particulier des tributs (en dizaines de milliers de livres de cire !) payés après des défaites
militaires qui laissent perplexes (Ephore de Cyme, Tite-Live).
A l'époque gênoise :
Après l'époque romaine, et jusqu'à l'occupation gênoise, il n'existe que peu de documents sur l'activité
apicole, certainement une conséquence du cours chaotique de l'histoire de la Corse pendant ces périodes .
Quelques textes de la Sérénissime République nous indiquent que les Gênois, dès le XVI ème siècle, ont
géré cette activité en régulant les exportations (de cire), en fixant les droits sur ces exportations. Il
semble que l'imposition sous forme de tribut payé en cire ait duré pendant tout le Moyen-Age. A cette
époque, l'apiculture n'est déjà plus uniquement un ramassage de miel dans des colonies sauvages, mais est
devenue une véritable activité agricole.
Jusqu'à aujourd'hui :
A leur arrivée en Corse, les Français confirment l'importance de
l'apiculture dans notre île. De nombreux
textes attestent de la qualité de le cire et du miel corses, et les premières statistiques fiables
apparaissent. A peine établies, ces statistiques font apparaître une diminution de l'activité apicole à la
fin du XIXè siècle, puis au début du XXème siècle.
Ce déclin correspond à des épidémies (acariose) mais surtout à une chute de l'ensemble de l'activité
économique de l'île à cette époque, il est aggravé encore par la chute brutale de la démographie causée
par la guerre de 14-18.
Nous arrivons ainsi jusqu'en 1960 qui marque certainement le niveau le plus bas de l'apiculture corse :
ainsi dans la région du Taravu, 1956 est souvent considérée comme l'année qui a vu la disparition de la
plupart des ruches et des colonies sauvages : un hiver très rigoureux s'était combiné alors avec une
épidémie dévastatrice (nosémose ?).
Dans son " Traité complet d'apiculture ", en 1931, Alphandery note : "En 1862 la Corse possédait 26 442
ruches. En 1900 nous n'en trouvons plus que 13 000. Le dernier recensement accuse une production de
105 690 kg de miel avec 8 556 ruches dont 1000 à cadres."
A titre de comparaison le Recensement Général Agricole de 1988 compte 15 713 ruches. Le chiffre,
certainement sous-estimé, est sans doute plus près de 20 000 avec une production de miel estimée à 400
tonnes.
Quelques traditions :
Pour faire poser un essaim, on lui jetait de la terre ou du sable, ou bien on faisait le maximum de bruit
(en tapant sur des bidons par exemple) pour le forcer à se poser. Il fallait ensuite l'enrucher dans une
caisse (ruchette en liège spécifique dans certaines régions) dont l'intérieur avait préalablement été
frotté avec des feuilles de mélisse.
"Pour commencer un élevage de ruches il faut commencer avec trois colonies : l'une achetée, une autre
reçue en cadeau, et une autre volée" (Zevaco). Le terme " volée " doit être pris au sens "essaim capturé":
autrefois un essaim était la propriété indiscutable de celui qui le capturait, à l'exclusion de toute
autre considération.